Oui, M. Guéant. La droite ne vaut pas la gauche.

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Il y a des phrases, des expressions ou des citations qui ont marqué notre histoire politique. Il y a celles qu’on apprend en révisant son cours de sciences politiques ou d’histoire pour avoir l’occasion de les placer dans sa dissertation du lundi matin. Et il y a celles que l’on connaît sans jamais les avoir apprises et qu’on évite à tout prix de répéter ni à l’oral, ni à l’écrit (sauf bien sûr si on en est d’accord ou si l’on feint d’y être d’accord.)

La dernière déclaration de Claude Guéant, notre ministre de l’intérieur qu’on serait presque tenté de rebaptiser ministre du racisme, faite à l’occasion d’une obscure réunion d’un groupuscule d’étudiants pétainistes : « toutes les civilisations ne se valent pas », entre probablement dans la liste des expressions de la seconde catégorie, juste en dessous de «le travail rend libre» et juste au-dessus de « Travail, famille, patrie ». On remarquera d’ailleurs que cette liste s’est largement allongée depuis 2007, avec notamment les expressions : « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? », « Quand il y en a un, ça va… » et « L’accroissement du nombre de musulmans pose problème ».

Quoi ? Comment ? Mais c’est un scandale ! « C’est la censure à tous les étages »  (Gérard Longuet) ! Ce sont pourtant « des choses évidentes»  (Arno Klarsfeld) !

Ainsi réagit l’UMP aux condamnations de toute la gauche. Et d’ajouter que la phrase est sortie de son contexte.

Voici donc l’extrait tout entier du discours de Claude Guéant devant les étudiants de l’UNI réunis a l’Assemblée Nationale : « Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ». « En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation ».

Sauf qu’une fois contextualisés, on comprend bien que les propos sont encore plus graves et bien plus lourds de sens…

Ceux-ci sont dangereux pour trois raisons au moins. D’abord parce qu’ils ont été tenus à l’Assemblée Nationale, l’épicentre de notre démocratie, le cœur de notre Nation. Ensuite parce que c’est un ministre de la république qui les a prononcés, un homme censé représenter les Français pour les gouverner et dont la parole fait écho ubi et orbi. Et enfin parce qu’il ont été proférés devant une association d’étudiants qui cultive des liens douteux avec l’extrême-droite et à qui on a pourtant permis de se réunir au sein même de l’un des bâtiments les plus emblématiques de notre Nation.

Et, plus grave encore, il faut noter que cette déclaration a été faite au cours d’une réunion à huis clos. Exit les justifications maladroites que l’on a l’habitude d’entendre depuis 5 ans : ce serait un « dérapage », dans le cadre d’une « stratégie électoraliste » dans un but de « séduction de l’électorat extrémiste ». Rien de tout cela car, de fait, ces propos ont eu lieu pendant un colloque fermé à la presse qui visait à « former » politiquement de jeunes étudiants. Le discours doit être perçu bien plus comme un véritable avis, une pensée réelle du ministre, que comme une tentative désespérée pour séduire tel ou tel électorat en feignant d’être d’accord avec lui sur certaines idées.

Sur le fond, en affirmant que toutes les civilisations ne se valent pas, Claude Guéant entretient une idée qui n’est pas sans rappeler celle de Chamberlain, précurseur de la théorie des races supérieures. Car en créant et en entretenant la confusion entre religion, système politique, droit, culture et civilisation, Claude Guéant amène son auditoire à penser que l’on peut comparer deux civilisations entre elles, sans pour autant donner la définition du mot « civilisation ». L’idée de civilisation est en effet assez vague car elle n’a, dans les faits, presque aucune représentation institutionnelle. C’est d’ailleurs cette même incapacité à définir concrètement ses limites que l’on retrouve dans le concept de race. En réalité, le ministre tente subtilement d’appliquer au concept de civilisation des caractères « innés », quasi « génétiques ». Comme si finalement on pouvait fait l’amalgame entre une « civilisation » qui repose sur des critères presque exclusivement culturels, et une « race » (si tant est qu’il en existe chez les hommes) qui repose sur des critères génétiques. En somme, le ministre de la République joue sur les mots en utilisant un terme moins connoté mais auquel il veut faire porter la même idée. C’est-à-dire faire croire que la « haine sociale » ou « la minorité des femmes » est inscrite dans les gènes.

La suite du propos précise quant à elle ce que pense véritablement notre ministre de l’intérieur. Ainsi compare-t-il ceux qui « défendent la liberté, l’égalité et la fraternité », c’est-à-dire les Français, à ceux qui « acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique », c’est-à-dire dans la bouche de monsieur Guéant : les musulmans. Il se sert ici du flou de la définition d’une civilisation pour comparer un peuple, des citoyens appartenant à une même Nation, aux adeptes d’une religion. Et là encore, ça n’est pas sans rappeler les thèses défendues par les ligues d’extrême-droite dans les année 30 du siècle dernier, c’est-à-dire l’idée d’une « race juive ». Comme si finalement on donnait des critères différents pour catégoriser les individus dans telle ou telle civilisation. Ainsi prend-on comme critère la couleur de peau pour certains, et la religion pour d’autres. On comprend ici, sans doute, le ridicule du raisonnement.

Et, quand bien même ce type de raisonnement aurait un sens, Claude Guéant pousse l’amalgame plus loin encore en défendant la thèse selon laquelle les musulmans « accepteraient la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ». Comme si finalement, l’islam avait dicté ces règles-ci. Et comme si, surtout, tous les musulmans appliquaient ces soi-disant règles de vie que leur aurait dictées leur religion.

Et de rajouter « nous devons protéger notre civilisation ». Apothéose de la démonstration qui consiste à véhiculer le message suivant : « méfiez-vous, ils sont chez nous » ! En somme, Claude Guéant pense véritablement que d’abord les musulmans sont inférieurs à « nous ». Qu’ensuite, ils sont tous pareil. Et qu’enfin, ils nous attaquent et nous infiltrent.

De tels amalgames, de telles idées sont une véritable plaie pour notre démocratie et notre République. Débordé dans les sondages mais poussé par son obsession du pouvoir, on voit se dessiner les contours de la campagne présidentielle que Sarkozy a décidé de mener. En repoussant toujours les limites, Sarkozy tente par tous les moyens d’aller chercher de nouveaux électeurs. Quitte à séduire un groupuscule ! C’est dire si notre président est bien loin de la sérénité qu’il affiche en « off ».

La droite, l’UMP en particulier, fait l’économie de la réflexion et tombe dans une facilité véritablement indigne des Français et de la France. Jamais un homme politique ne devrait succomber à de pareils raccourcis et, plus grave encore, aucun appareil, aussi mauvais soit-il, ne devrait mettre en avant tant d’idiotie politique. Claude Guéant fait honte à nos institutions, à notre pays, à notre nation et à notre histoire. Trop d’hommes et de femmes sont tombés en défendant l’idée que les hommes naissent libres et égaux pour en laisser un seul se payer le luxe de remettre en question ces principes fondamentaux. Guéant est un cancer pour la politique et pour la France.

Reste que Daniel Cohn-Bendit, devrait reprendre son intervention en direction de Viktor Orban pour mieux l’appliquer a Sarkozy : « Les minorités ont le droit de ne pas avoir peur dans votre pays, M. Sarkozy »

 

Mais, rendons à César ce qui est à César… Oui, Monsieur Guéant, « Tout ne se vaut pas ». La droite ne vaut pas la gauche. Votre gouvernement ne vaut pas ceux de gauche. Nicolas Sarkozy ne vaut pas François Hollande. Les Français valent mieux que votre politique.

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