Universités Françaises : les nouveaux soviets
Sébastien Le Gall | April 5, 2010
La semaine dernière s’achevait les élections dans tous les CROUS de France. La semaine prochaine se terminera la période des élections dans les conseil centraux des universités. Après tant de campagnes, tant de mobilisations et de combats, il me semble important de revenir sur le système démocratique instauré dans les universités française. Système qui, comme nous allons le montrer, tient plus du soviet que de la démocratie.
Depuis la loi sur l’autonomie des universités (LRU), toutes les universités de France doivent renouveler tous les deux ans les représentants étudiants dans les trois conseils centraux, à savoir : Conseil d’Administration (CA), Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CEVU) et Conseil Scientifique. Rien de plus banal, pourrait-on croire. Le système s’apparente aux grandes entreprises où siègent dans les CA des représentants syndicaux. Les élections dans les facultés sont en effet l’occasion pour toutes les organisations étudiantes – nationales ou locales – de faire campagne, d’aborder des thématiques concernant l’enseignement supérieur ou bien encore différents sujet de société. C’est un grand moment de débat, à la fois sur des projets concrets mais aussi sur des visions de l’université ou de la société qui s’affrontent. C’est la possibilité aussi pour tous les étudiants de prendre part à la vie politique de l’université, de s’ouvrir sur les questions de société, et de faire leurs choix dans le débat politique. Le système électoral est à la proportionnel, calculé au plus fort reste afin de permettre aux petites organisations de gagner au moins un siège.
Mais dans les faits, le système des conseils de l’université s’apparente au soviet qu’on trouvait en Russie dans les années 1905. En effet, dans ces fameux conseils centraux le nombre d’élus étudiants est minime comparé aux nombres d’élus parmi les professeurs et l’administration. Par conséquent, leur pouvoir est quasi nul. De plus, la participation excède rarement les 15% ce qui n’arrange rien à la légitimité des élus. Et pour finir les étudiants sont très peu ou pas du tout informé de ce qui se passe dans les conseils : aucun compte rendu, aucune communication, etc. Pourtant, chaque deux ans, des centaines de militants – étudiants engagés – s’investissent des heures et des heures pour faire gagner leur syndicat ou association. Alors pourquoi cet engouement? Pourquoi tant d’argent dépensé, tant de temps consacré? La raison se trouve dans la loi Jospin de 1989 qui défini la représentativité d’une organisation étudiante : une organisation étudiante syndicale ou associative est considéré comme représentative à l’échelle nationale à condition d’avoir au moins un élu au Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. (CNSER). Or les candidats au CNESER sont élus parmi les élus dans les Universités. C’est ainsi que chaque élections locales devient un enjeux national. Car concrètement, au CNESER, les organisations étudiantes ont non seulement plus de poids, plus de rapport de force, mais touche aussi des subventions ministérielles.
Finalement, les élections aux conseils centraux ne servent que de tremplin pour la bataille à la représentativité nationale et à l’argent. Et pour cela, tous les moyens sont bons. D’abord, le nombre de votants étant très faible, ont peu en conclure aisément que seuls les étudiants s’intéressant de près à la politique de l’université vont voter : c’est à dire des étudiants qui ont déjà quasiment fait leur choix. Ajoutons à cela que la propagande étant autorisé le jour même du scrutin, la plupart du temps, la victoire d’un syndicat ou d’un autre ne se résume qu’aux nombres de militants présents le jour J pour faire voter les étudiants – et à ce jeux, l’unef fait très fort. La conséquence directe est un pourrissement du débat, où l’affrontement politique n’a plus d’intérêt. Ce qui d’ailleurs ne contribue pas à l’estime qu’ont les ministères et les administration pour les organisations étudiantes. Pour finir, les élections locales n’ayant que peu d’enjeux, elles sont souvent négligés. C’est l’occasion pour tous ceux qui considèrent que la fin justifie les moyens de manipuler les scrutins, bourrer les unes, etc.
Vient ensuite, plus tard dans l’année universitaire les élections au CNESER. Elle se déroule par voix postales et sont une occasion rêvée pour toutes les organisations qui ne sont pas satisfaites de leurs résultats de se rattraper en volant les bulletins de votes ou en achetant des voix.
Il est loin l’idéal de démocratie voulu à l’université. Et derrière ces élections, locales ou nationales, qui n’ont de démocrate que le nom, se cache de véritables zones de non-droit ou règne la loi du plus fort, du plus nombreux, du plus habile pour truquer une élections ou acheter des voix. En sommes, le système des Conseil Centraux à l’université, déjà proche des Soviet par la forme, s’y apparente véritablement quand on regarde de plus près la réalité de la démocratie qui est sensé s’y exercer.









Analyse très lucide Sébastien, je share. Bravo
Jordi | April 6, 2010Analyse très lucide Sébastien, je share. Bravo
Assez juste dans l'ensemble même si je te reprocherais un
Emilien | April 6, 2010Assez juste dans l’ensemble même si je te reprocherais un peu de sensationnalisme de par la comparaison fac/soviet qui est certes compréhensible mais qui bride ton analyse politique de la chose.
Sinon ton blog fait mal aux yeux :p
Plutot d'accord avec toi sur le fond camarade. Mais je
Vloew | April 6, 2010Plutot d’accord avec toi sur le fond camarade. Mais je suis d’accord avec émilien, ça fait un peu mal aux yeux