Cher Claude,
Je suis français, né d’un père français quoi que breton et d’une mère française quoi que née en Algérie. Mes grands-parents étaient français. Et il faut au moins remonter à mon arrière-arrière-grand-mère maternelle pour trouver la moindre trace de sang impur espagnol. Je parle et j’écris le français qu’on m’a appris dans un très bon collège privé catholique du 92. Et, puisque je le parle, je le comprends aussi.
J’ai découvert la politique en 2002 en même temps que l’adolescence, c’est-à-dire vers l’âge de 12 ans. De fait, notre ami commun Nicolas m’a tout appris. Il a été un très bon professeur et m’a permis de mieux comprendre le monde qui nous entoure et surtout de mieux identifier les responsables de la crise économique et morale que nous connaissons aujourd’hui : les gauchistes, les journalistes, les Roms, les pauvres, etc.
Mais depuis quelques semaines je doute de mon identité. En effet, comme l’a rappelé notre président, mon identité repose en partie sur ma langue : le français. Pourtant, malgré mes efforts assidus pour toujours mieux maîtriser la langue de Molière, depuis quelques temps j’ai l’impression de ne plus rien comprendre. Les informations se mélangent, tout devient confus et j’ai peur de ne pas bien comprendre ton discours.
Quand notre ami Dominique Tian s’est prononcé en faveur de l’uniforme à l’école et que dans la foulée il a expliqué que ceux sont les pauvres et les étrangers qui sont responsables du déficit de l’État en volant dans les caisses de la sécurité sociale, je me suis dit que c’était sympa de voir un ministre jouer le rôle de Rainer Wenger dans La Vague. Évidemment la bien-pensance de gauche n’a rien compris et s’est offusquée, comme à son habitude. Mais moi, je sais bien que tu n’es pas un fascho. Et c’est toi qui as raison quand tu dis qu’il y a trop de chômage en France et qu’on ne peut pas se permettre d’accueillir plus d’immigrés, même s’ils sont étudiants. Enfin, je crois.
“Je crois”, parce que je ne suis plus sûr de rien ces temps-ci. En effet, j’ai bien écouté tes arguments, mais j’y ai trouvé de nombreuses contradictions…
D’abord, sur les pauvres, j’ai cru comprendre qu’en réalité la plus grosse partie des 20 milliards de fraude social annuelle était due aux entreprises et non aux particuliers. Ensuite, sur les étrangers, j’ai lu 200’000 par an. Mais, d’abord c’est assez peu. Et il paraît même que l’immigration rapporte 12,4 milliards d’euros par an à la France.
Par ailleurs, je note que tu as récemment dit : “les étrangers sont ciblés comme tous les fraudeurs”. Et là encore, j’ai peur de ne pas comprendre. Car si je m’en remets à ma connaissance du français, cela signifie que les étrangers sont des fraudeurs. Or, je n’ose pas penser que tu aies pu tenir pareil propos.
Cela m’amène donc à me poser des questions sur ma capacité à comprendre le français. Car si j’avais tout compris, cela signifierait qu’en réalité tu m’as menti. Que tu as joué avec moi pour me faire peur et m’encourager à voter pour la droite en 2012. Et ça, je n’ose m’y résoudre. Je crois en toi et en déduis donc que c’est moi qui perds une partie de mon identité.
C’est pour moi une contradiction majeure qui m’amène, si je suis tes recommandations, à me haïr moi-même.
Que dois-je faire ?
Cordialement,
Sébastien Le Gall.